Les lectures d’Aurélie

Vous l’aurez compris, au Caïman contre Pangolin, on aime les livres. Mais au delà des auteurs qui les écrivent, les livres ne verraient pas le jour sans un certain nombre d’intervenants qui sont indispensables à leur publication. C’est pourquoi il nous paraissait important de donner la parole, sous forme d’interviews, à ceux sans qui les livres n’existeraient pas. C’est dans ce cadre qu’Aurélie Chapuis, membre d’un comité de lecture éditorial, nous a fait le grand plaisir d’accepter de répondre à nos questions.

Comment devient-on membre d’un comité de lecture?

En répondant à une annonce, tout simplement! Bon d’accord, cela ne suffit pas. Je lis énormément, c’est une véritable passion chez moi, une partie de moi-même. J’ai passé ma licence de lettres modernes juste parce que j’aime la littérature. Je suis aussi quelqu’un de très curieux qui aime expérimenter. Je pense que ce mélange de tout ça m’a incité à devenir lectrice aux Editions du Caïman. J’avoue que je me suis portée volontaire mais que je n’étais absolument pas sûre de moi en le faisant : est-ce que mon avis sera suffisamment pertinent? Est-ce que ce n’est pas trop niais? Est-ce que je suis assez précise? Bref, je me lancée en me disant que je verrai bien.

Combien de manuscrits lis-tu chaque mois? 

Je lis plus de 60 livres par an mais en ce qui concerne les manuscrits, c’est beaucoup plus aléatoire…. Tout dépend du nombre de manuscrits proposés et de la fréquence, plusieurs en tout cas…. J’accepte tous les manuscrits que Jean-Louis propose et j’essaie de les lire sans trop tarder.

En pratique, comment procèdes-tu ?

Je mets les manuscrits en priorité dans mon « ordre de lecture  » c’est-à-dire que si je termine un livre, je vais commencer un manuscrit et non un autre livre. Généralement, je les lis et je fais le point à la fin de ma lecture. Il m’arrive de prendre des notes, de relire le texte, de le poser pour y réfléchir. En fait, tout dépend du texte, de la façon dont je suis portée ou pas. Quoi qu’il en soit, quand je suis prête à faire le bilan, je le rédige tout d’abord au brouillon. Cela me permet d’organiser mes idées, de me relire et de voir si j’ai tout dit ou pas. C’est vraiment quelque chose de très enrichissant!

En général, est-ce que tu sais dès les premières pages si le texte est bon ou si ton avis sera négatif ?

Oui, je le sais dès les premières pages. Elles sont primordiales dans un livre! Elles permettent d’accrocher le lecteur et de l’emmener dans l’histoire. Soit je suis happée, soit je ne le suis pas. Dans tous les cas, je lis le livre jusqu’au bout. On ne sait jamais : l’introduction peut être maladroite mais le reste peut être bon.

T’est-il arrivé d’être frustrée que l’on ne suive pas ta recommandation ?

Frustrée, je n’irai pas jusque là, le mot est un peu fort. Je parlerais plutôt de déception ou d’incompréhension. Tout comme je suis très contente quand j’ai aimé un texte et qu’il est publié! Mais c’est le jeu : je ne suis pas seule décisionnaire, je ne suis qu’une voix parmi d’autres.

Y a t-il un manuscrit qui t’ait particulièrement marqué ?

Je mentionnerais deux titres : « Quatre morts et un papillon » de Valérie Allam et « Rosine » de Sandrine Cohen qui sort en novembre. Ce sont mes deux gros coups de cœur!

Un caïman dans l’édition

Vous l’aurez compris, au Caïman contre Pangolin, on aime les livres. Mais au delà des auteurs qui les écrivent, les livres ne verraient pas le jour sans un certain nombre d’intervenants qui sont indispensables à leur publication. C’est pourquoi il nous paraissait important de donner la parole, sous forme d’interviews, à ceux sans qui les livres n’existeraient pas. C’est dans ce cadre, sous sa casquette d’éditeur, que Jean-Louis Nogaro nous a fait le grand plaisir d’accepter de répondre à nos questions.

Comment et quand t’est venue l’envie de te lancer dans l’édition ?

J’ai commencé par l’écriture, avec deux polars publiés dans des maisons sympas (Chloé des Lys en Belgique et Ravet-Anceau). Puis tout s’est détérioré : alors que j’avais trois nouveaux titres acceptés par ces maisons d’édition, l’une a fait faillite et l’autre a décidé d’arrêter la collection me concernant. Le milieu m’intéressait, je me suis lancé, à titre expérimental, en janvier 2010, en publiant l’un de mes titres concernés. Et ça a continué !

Combien de manuscrits reçois-tu par semaine ?

Je n’en reçois plus beaucoup, car nous sommes éternellement « complets » : nous ne publions que 5 à 6 titres par an, avec une priorité donnée aux auteurs nous ayant déjà fait confiance. Ça ne laisse pas beaucoup de place pour de nouveaux auteurs, mais je me donne comme principe de publier au moins un nouvel écrivain par an : c’est régénérant et ça évite l’entre-soi.

Quels sont tes critères de sélection ?

Des critères classiques pour un éditeur : qualité de l’écriture et qualité de l’intrique. S’y rajoute l’originalité, dans le sens où on ne publie pas un auteur écrivant dans la même veine qu’un autre, déjà publié au Caïman. On a ainsi Florence Rhodes pour le roman à énigme, Nick Gardel pour l’humour noir, Patrick Amand pour la révolution permanente, etc.

En pratique, comment cela se passe: Tu lis le début, tu vois si cela t’intéresse, tu fais passer à un comité de lecture ?

C’est exactement ça ! Je lis une vingtaine de pages et si le livre correspond aux critères que j’évoquais, je transmets le tapuscrit au comité de lecture pour voir si le livre tient ses promesses jusqu’au bout.

As tu une anecdote à partager sur un aspirant-auteur(e) dont l’approche t’aurait parue originale, amusante, décalée ou à coté de la plaque ?

A côté de la plaque, il y en a beaucoup ! J’ai horreur des auteurs qui annoncent que leur texte va nous faire exploser au box-office parce qu’il est extraordinaire, que tous leurs copains le leur ont dit ! Sinon, du côté positif, Nick Gardel, justement, avait attiré mon attention par un courrier original. De mémoire, c’était : Je vous adresse mon texte, « Fourbi étourdi ». « Fourbi étourdi » est rigolo. Pas plus, et ça a déclenché une envie d’aller plus loin !

Pas mal de romans du Caïman ont été primés. Est-ce important à tes yeux ?

Oui, énormément. D’autant plus que ce sont des prix de « vrais » lecteurs, décernés sur des festivals polar principalement, ou par des associations de lecteurs polar. C’est la garantie d’une certaine qualité, une reconnaissance. Et c’est valorisant pour l’auteur.

Sans forcément citer de nom, as-tu dans ton catalogue un (ou des) roman(s) que tu regrettes d’avoir publiés ?

Franchement ? Aucun regret. Parfois, un texte retenu paraît présenter encore quelques manques, mais nous retravaillons les textes, avec l’auteur concerné, Danielle et Philippe, respectivement correctrice et chasseur de boulettes que tu as déjà présentés !

Événement Facebook organisé par « Caïman contre Pangolin » : Rencontre virtuelle entre Patrick Amand et les lecteurs le jeudi 16 avril 2020, de 16h à 17h

pour commander les polars du Caïman, c’est simple, c’est ici :  https://www.editionsducaiman.fr/boutique/

c’est pas très cher (entre 8,50€ et 16€) pour les formats papier, alors pour les epubs, je ne vous raconte pas – et les frais de port sont offerts pendant la période de confinement

https://www.facebook.com/events/255209312325534/

Une vocation : traqueur de boulettes

Vous l’aurez compris, au Caïman contre Pangolin, on aime les livres. Mais au delà des auteurs qui les créent, les livres ne verraient pas le jour sans un certain nombre d’intervenants qui sont indispensables à leur publication. C’est pourquoi il nous paraissait important de donner la parole, sous forme d’interviews, à ceux sans qui les livres n’existeraient pas. C’est dans ce cadre que Philippe Paternolli, impitoyable « traqueur d’incohérences » de manuscrits aux éditions du Caïman, nous a fait le grand plaisir d’accepter de répondre à nos questions.

Outre ton activité d’auteur, tu exerces aux Editions du Caïman l’indispensable fonction de « traqueur » d’incohérences dans les manuscrits à éditer. Comment en es tu arrivé à jouer également ce rôle?

C’est Patrick Amand qui m’a trouvé le surnom de « Traqueur de boulettes » pendant que je travaillais sur son prochain roman Mexico bronco. J’ai pour habitude d’acheter un exemplaire de chaque livre publié par le Caïman. Je notais parfois des incohérences, des « boulettes », dont je faisais part à Jean-Louis Nogaro – notre éditeur – en vue des retirages ou des sorties en ebook. Jean-Louis m’a proposé que je fasse ce travail en amont des parutions, ce qui était somme toute plus cohérent ! Le premier roman sur lequel j’ai travaillé en amont est Laisse tomber de Nick Gardel. Depuis, j’ai traqué les boulettes pour Le manuscrit improbable de Patrick Amand, Nous sommes bien pire que ça de Guillaume Audru et Mexico bronco de Patrick Amand. À la question « et pourquoi pas les autres », il faudrait demander la réponse à Jean-Louis Nogaro, je pense qu’il s’agit d’un manque de temps, mon boulot pouvant prendre deux ou trois semaines, à raison d’une heure de travail par jour, et même parfois plus !

Est-ce que tu dirais que le fait d’être également un auteur t’aide à repérer ce type d’erreurs?

Non, pas d’être auteur, mais d’être lecteur ! Même si l’histoire est excellente, le roman bien écrit, j’ai beaucoup de mal lorsque je repère trop d’incohérences ou inexactitudes. Je me souviens d’un roman où, au début, l’un des personnages principaux se sauvait en grimpant en courant un escalier alors qu’au milieu du roman, l’auteur nous apprenait qu’à ce moment-là, le personnage s’était fait scier un pied deux jours plus tôt ! Galoper avec un pied en moins, belle performance ! Quand, dans le même roman, on donne la date de naissance de personnages, on donne leur âge respectif et que ça ne colle pas à 3 ou 4 années près avec l’année au cours de laquelle le roman se déroule, j’arrête ma lecture. J’ai conscience que ça peut paraître pinailleur, que d’ailleurs le roman que j’évoque, mais d’autres aussi, peuvent recueillir d’excellentes critiques, moi ça me gêne.

A l’inverse, on dit souvent que les cordonniers sont les plus mal chaussés: Penses-tu faire montre, vis-à-vis de tes propres textes, de la même objectivité?

Bien vu ! Hélas non, comme pour les corrections orthographiques, syntaxiques, etc., effectuées par Danielle Akakpo pour le Caïman, il faut un œil extérieur pour « traquer la boulette » ! Même si j’essaie d’être très vigilant, je ne suis pas à l’abri, loin de là. Par exemple, dans Alpes noires, j’ai écrit le roman en 97 et il a été publié en 2011, entre-temps, nous sommes passés à l’euro. Et dans la conversion, il reste une scène où un personnage laisse une pièce de 5 € en pourboire… (ceci dit, il existe des pièces de collection de 5 €, mais peu crédible que mon personnage s’en serve !)

Sans en citer l’auteur, te revient-il en mémoire une bizarrerie ou incohérence qui t’ait particulièrement amusé, surpris?

Le diable se cache dans les détails, les précisions. Je me souviens de la description d’une « avenue rectiligne au milieu d’immeubles en quinconce ». Je pense que l’auteur voulait parler d’immeubles décalés les uns par rapport aux autres, mais que pour alléger la phrase, quinconce lui a semblé un meilleur terme. Sauf que quinconce désigne une figure précise (le « 5 » d’un dé à jouer). Donc impossible d’avoir une avenue rectiligne qui passe au milieu. Il y a eu également dans ce roman (excellent par ailleurs, l’un des meilleurs du Caïman) l’évocation d’une représentation au théâtre de Turin dans les années 50. Sauf que ce théâtre a (de mémoire) brûlé dans les années 30, été bombardé durant la Seconde Guerre mondiale et n’a été réhabilité que dans les années 60/70. Récemment, j’ai eu droit à une canicule un 24 novembre ! Même les grands auteurs commettent des boulettes. Le titre du roman ainsi que le nom de l’auteur m’échappent, mais j’ai lu dans la bibliothèque de La Pléiade un récit où il est donné l’ordre à des soldats romains de reculer de plusieurs mètres. Le mètre du temps des romains, tiens donc !

Le fait de lire un manuscrit pour en traquer les incohérences est-il compatible avec le plaisir de sa lecture?

C’est un peu un problème : je n’arrive pas à lire un roman sur lequel j’ai travaillé quelques semaines plus tôt. Il faut pour cela que je laisse passer plusieurs mois !

Événement Facebook organisé par « Caïman contre Pangolin » : Rencontre virtuelle entre Philippe Paternolli et les lecteurs le mercredi 8 avril 2020, de 16h à 17h

Pour commander les polars du Caïman :

https://www.editionsducaiman.fr/boutique/

les frais de port sont offerts pendant la période de confinement

l’intégrale de la rencontre, ainsi que la présentation des romans de Philippe Paternolli (couverture, résumé, articles de presse, photos) :

https://www.facebook.com/events/2843223145755331/

Profession : correctrice

Vous l’aurez compris, au Caïman contre Pangolin, on aime les livres. Mais au delà des auteurs qui les créent, les livres ne verraient pas le jour sans un certain nombre d’intervenants qui sont indispensables à leur publication. C’est pourquoi il nous paraissait important de donner la parole, sous forme d’interviews, à ceux sans qui les livres n’existeraient pas. C’est dans ce cadre que Danielle Akakpo, correctrice aux éditions du Caïman, nous a fait le grand plaisir d’accepter de répondre à nos questions.

Peux tu nous résumer ton parcours ? Comment es-tu devenue correctrice ?

Quelques années avant de prendre ma retraite, j’ai décidé de réaliser un de mes rêves : écrire ! La participation à un forum internet d’auteurs amateurs, à son atelier d’écriture où j’ai beaucoup appris, où nous échangions aussi nos textes pour relecture, m’a donné de l’assurance et permis de publier plusieurs ouvrages. Au fil des échanges, j’ai pu constater que la maîtrise de l’orthographe et la grammaire était un problème pour des plumes par ailleurs non dénuées de talent. Et je me suis prise au jeu de la correction !

Qu’est-ce qui t’intéresse le plus dans cette activité ?

Mon intérêt se double d’un plaisir sadomasochiste ! Plaisir sadique parce que je jubile à traquer la faute, masochiste aussi parce que ce travail demande une grande attention et que parfois l’accumulation de bourdes en tous genres m’épuise ! Mais je dois avouer que c’est assez rare ! Cette activité m’intéresse aussi parce que je révise (je travaille avec grammaires et dictionnaires), j’apprends, je m’enrichis de la variété des styles des différents auteurs.

En pratique, comment travailles-tu : te livres-tu par exemple, à une relecture intégrale pour la syntaxe, à une autre pour l’orthographe, et à une dernière pour les lourdeurs ?

Holà ! Trois lectures ? Je ne travaille pas 24h sur 24 ! Non, j’attaque lecture et correction de concert. Je prends des notes sur les lieux, les noms des personnages, les dates pour éviter les incongruités (Charles qui se transforme en cours de route en Marcel, par exemple). Et je laisse défiler. D’ailleurs chez certains, il n’y a que l’orthographe qui pèche. Pour les lourdeurs, les fautes de syntaxe, ça prend plus de temps parce que j’aime bien expliquer ce qui ne va pas, voire proposer un petit quelque chose.

Quand on lit un manuscrit pour en traquer les imperfections, arrive-t-on tout de même à en apprécier l’histoire ?

D’une façon générale oui, mais je relis toujours le livre une fois publié et j’ai souvent l’impression de faire une découverte, le plaisir est un vrai plaisir de lectrice !

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